BÂTIR L’UNITÉ NATIONALE : Tribune de Benjamin BIRIKALE

Le Congo n’est pas né d’une seule tribu, d’une seule langue ou d’une seule culture. Il est né d’une histoire commune et d’un territoire partagé. Les Congolais ne sont pas unis par le sang, mais par le sol. Ils ne forment pas une nation parce qu’ils appartiennent à la même ethnie, mais parce qu’ils ont choisi de partager un même destin sous un même drapeau. C’est cette réalité qui fait la grandeur, mais aussi la difficulté de construire la nation congolaise.

Avec plus de 450 tribus, des centaines de langues et de traditions, la richesse du Congo réside dans sa diversité. Cette diversité ne devrait jamais être perçue comme une faiblesse, mais comme une force. Cependant, elle exige un leadership d’une qualité exceptionnelle : des hommes et des femmes capables de dépasser les appartenances tribales, régionales et ethniques pour défendre avant tout l’intérêt national.

Le véritable défi du Congo n’est donc pas culturel, mais politique. Une nation ne se construit pas uniquement par la géographie ; elle se construit par une volonté collective entretenue par des dirigeants qui inspirent confiance, justice et équité. Tant que le pouvoir politique utilisera les identités tribales comme des instruments de conquête ou de conservation du pouvoir, l’unité nationale restera fragile.

Le jour où un habitant de l’Est se sentira pleinement chez lui dans l’Ouest, où un citoyen de l’Ouest sera accueilli comme un frère dans le Sud, où un habitant du Sud considérera le Nord comme sa propre maison, alors le Congo aura véritablement achevé sa construction nationale. Une nation forte se mesure à la liberté de chacun de vivre, travailler et réussir partout sur son territoire sans être jugé sur son origine.

Les élites politiques portent une lourde responsabilité. Depuis des décennies, elles ont souvent échoué à bâtir un récit national capable de transcender les identités locales. Au lieu de faire de la diversité un patrimoine commun, elles l’ont parfois transformée en facteur de division. Pourtant, gouverner un pays aussi vaste et diversifié exige précisément la capacité de fédérer les différences autour d’un idéal commun : la République.

Certes, d’autres pays connaissent aussi des fractures identitaires. La Belgique est marquée par des communautés linguistiques, la France est une société multiculturelle, et les États-Unis rassemblent des populations d’origines très diverses. Ces exemples montrent que la diversité n’empêche pas, à elle seule, l’existence d’une nation. La cohésion dépend surtout des institutions, du respect de la citoyenneté et de la capacité des dirigeants à faire primer l’intérêt général sur les appartenances particulières.

Le Congo n’a donc pas besoin d’hommes forts au sens autoritaire du terme. Il a besoin de dirigeants intègres, visionnaires et profondément républicains, capables de faire naître une identité congolaise qui ne remplace pas les identités tribales, mais les dépasse dans la sphère publique. Car avant d’être Tetela, Nande, Luba, Kongo, Hema, Ngbandi, Yaka ou d’une autre communauté, chaque citoyen est d’abord Congolais.

L’avenir du Congo dépendra moins de la richesse de son sous-sol que de la capacité de ses dirigeants et de son peuple à construire une nation où l’appartenance à la République l’emporte sur l’appartenance à la tribu. Le véritable monument national ne sera ni un bâtiment ni une statue, mais une conscience collective où chaque Congolais, d’où qu’il vienne, pourra dire avec conviction : « Partout au Congo, je suis chez moi »

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