Depuis le démembrement de la grande province orientale, l’Ituri apparaît aujourd’hui comme l’une des provinces les plus paradoxales de la République démocratique du Congo, immensément riche en ressources, mais faiblement industrialisée. Cette dichotomie pose une question centrale pour l’avenir économique du pays. L’industrialisation de l’Ituri pourrait-elle servir de levier essentiel au développement national ?
Le diagnostic livré par le chef de la division provinciale de l’Industrie met en lumière un potentiel encore largement sous-exploité, alors même que la province dispose de matières premières capables d’alimenter une véritable transformation structurelle.
C’est dans ce contexte que, le mardi 2 décembre 2025, Umirabe Kesteur a détaillé les enjeux qui conditionnent toute dynamique industrielle. Il constate d’abord que la province évolue dans un système libéral où la création d’unités industrielles repose principalement sur l’initiative privée. Or ces initiatives peinent à émerger, non pas faute d’opportunités, mais faute d’un environnement stable permettant aux investisseurs d’envisager leurs projets à long terme. Selon lui, l’industrie constitue pourtant un moteur déterminant pour le développement intégral d’une entité, capable de stimuler la croissance, d’accroître la valeur ajoutée locale et de renforcer l’autonomie économique.
L’obstacle majeur reste toutefois la persistance de l’insécurité. Dans plusieurs territoires de l’Ituri, la situation sécuritaire décourage les opérateurs économiques et retarde les investissements. Cette insécurité généralisée produit un effet circulaire : sans paix, pas d’industrialisation ; sans industrialisation, pas de développement durable ni de stabilisation socio-économique. Pourtant, affirme le chef de division, dès que le calme sera rétabli totalement, l’Ituri encore « vierge » sur le plan industriel offrira un terrain inestimable pour la mise en place de multiples filières : agro-industrie, transformation minière, hydraulique, matériaux de construction, entre autres.
Quelques unités industrielles, disséminées à Bunia, Aru, Irumu, Ariwara ou Mahagi, témoignent déjà de ce potentiel, même si elles fonctionnent au ralenti. Des structures comme Mont Gabaon, Canal Water, Risac, ou encore les usines de concassage, de production de vin et de café montrent qu’un noyau industriel existe bel et bien, mais reste empêché par l’instabilité, notamment dans des zones comme Djugu, fortement touchées par les violences.
En définitive, l’analyse d’Umirabe Kesteur conduit à une conclusion claire : l’Ituri représente l’un des plus grands réservoirs d’opportunités industrielles de la RDC, capable de dynamiser non seulement l’économie provinciale mais aussi l’économie nationale. L’industrialisation réduirait le chômage, atténuerait l’économie informelle et pourrait même contribuer indirectement à la pacification de la région. Encore faut-il, insiste-t-il, que la sécurité revienne et que les initiatives privées, notamment celles des jeunes entrepreneurs, saisissent ce potentiel. Sans cessez-le-feu réel et sans engagement des acteurs locaux, la province risque de rester un géant économique endormi, alors qu’elle pourrait devenir l’un des moteurs majeurs du développement congolais.




