RDC, Quand Adolphe Muzito oublie qu’il a été Premier ministre.

Les propos d’Adolphe Muzito relayés par l’ACP, comparant le bilan routier de Joseph Kabila à celui projeté de Félix Tshisekedi, suscitent un malaise politique évident. En affirmant que Tshisekedi pourrait construire 6 000 km de routes en dix ans contre 3 000 km en vingt ans sous Kabila, le vice-Premier ministre du Budget se pose en juge sévère du passé.

Or, ce passé est aussi le sien. Adolphe Muzito a été Premier ministre de 2008 à 2012 et ministre du Budget à plusieurs reprises sous Joseph Kabila. À ce titre, il était au cœur de la décision publique, responsable de la coordination gouvernementale et de l’allocation des ressources, notamment pour les infrastructures.

Critiquer aujourd’hui le bilan routier de l’ère Kabila sans rappeler son propre rôle revient à pratiquer une amnésie politique sélective. Si les résultats étaient insuffisants, Muzito ne peut raisonnablement s’en exonérer. Gouverner, ce n’est pas seulement hériter des contraintes, c’est aussi assumer les résultats.

Devenu ministre du Budget sous Félix Tshisekedi dans le gouvernement Suminwa II, Muzito adopte désormais un discours aligné sur le pouvoir actuel. Cette posture renforce l’impression d’une classe politique qui change de narratif au gré des alliances, au détriment de la cohérence et de la continuité de l’État.

En définitive, comparer les régimes est légitime, mais encore faut-il assumer sa place dans l’histoire. Quand Adolphe Muzito parle du bilan de Kabila, il parle aussi de son propre bilan. Sans cette lucidité, le débat sur les infrastructures risque de n’être qu’un exercice de communication, loin des attentes réelles du peuple congolais.

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