La Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC) demeure l’un des principaux instruments de désenclavement de la République démocratique du Congo. Pourtant, malgré son importance stratégique, l’entreprise continue de traîner les mêmes difficultés structurelles, posant la question de l’efficacité de l’action de Jean-Pierre Bemba à la tête du ministère des Transports.
La vétusté du réseau ferroviaire reste l’un des problèmes les plus préoccupants. Sur les quelque 3 641 kilomètres de réseau, seule une faible partie a été réhabilitée, tandis que plusieurs axes demeurent dans un état qui limite fortement la circulation des trains et la capacité de transport de la société.
À cette situation s’ajoute le vieillissement du matériel roulant. Les locomotives et wagons disponibles restent insuffisants pour répondre aux besoins du pays. Or, sans matériel performant et sans voies modernisées, la SNCC ne peut ni accroître ses recettes ni redevenir un acteur compétitif face au transport routier.
Le problème social constitue également un lourd héritage que le ministère peine à résoudre. Le projet de création d’un Fonds social présenté au Conseil des ministres en 2025 constitue une initiative, mais il ne règle pas encore la question des milliers d’agents éligibles à la retraite ni celle des obligations sociales accumulées par l’entreprise.
Sur le terrain, certains projets ont certes été lancés, notamment la réhabilitation du chemin de fer Kisangani–Ubundu et des travaux liés au corridor de Lobito. Mais ces avancées restent encore limitées au regard de l’immensité des besoins de la SNCC et de l’état général de son réseau.
La situation est d’autant plus préoccupante que le corridor de Lobito offre une occasion historique de repositionner la SNCC dans le transport régional et l’évacuation des minerais. La RDC risque cependant de ne pas profiter pleinement de cette opportunité si elle ne dispose pas d’un réseau suffisamment fiable, d’un matériel adéquat et d’une gouvernance efficace.
Les partenariats conclus ou envisagés autour du réseau ferroviaire soulèvent par ailleurs des interrogations sur la capacité de l’État à défendre durablement les intérêts de la SNCC. Dans ce contexte, la transparence des contrats, la protection du patrimoine public et la rentabilité réelle des opérations devraient constituer des exigences incontournables.
Après plusieurs années d’annonces, de projets et de financements, la question demeure donc entière : pourquoi une entreprise aussi stratégique reste-t-elle incapable de retrouver une véritable performance ? La responsabilité ne peut certes pas être imputée au seul ministre, mais Jean-Pierre Bemba doit assumer sa part de responsabilité politique dans les résultats de son secteur.
Il serait toutefois prématuré de considérer la bataille comme définitivement perdue. La SNCC dispose encore d’un réseau stratégique, d’un personnel expérimenté et d’opportunités considérables avec les corridors régionaux. L’espoir reste donc possible, à condition que Jean-Pierre Bemba et le gouvernement passent des initiatives ponctuelles à une véritable réforme globale, financée, transparente et mesurable, capable de transformer enfin la SNCC en moteur du désenclavement et du développement de la RDC.
RDC : SNCC, l’échec de Jean-Pierre Bemba au ministère des Transports, Voies de communication et Désenclavement ?




